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Faire preuve de réalisme

24 Sep

Par Pascal Roussel – On connait le vieil adage : « ne jamais croire en quelque chose aussi longtemps qu’elle n’est pas niée ». Actuellement le monde politique ne cesse de nier un éventuel défaut de la Grèce, un éclatement de la zone euro, une sous-capitalisation bancaire ou même la faillite d’une grande banque. Alors est-ce justement le moment d’y croire ?

Les « spécialistes » passent leur temps à nous rassurer : nous risquons un simple ralentissement de croissance sans plus. Pourtant, l’histoire récente a montré que lorsque l’on compare les prévisions de croissance effectuées par les institutions publiques souveraines, internationales ou européennes, par rapport à la croissance réellement observée après, on constate que ces prévisions ont toujours été trop optimistes car basées sur des modèles incapables de percevoir le caractère unique et historique de la crise que nous traversons.

La Banque des Règlements Internationaux, mieux connue sous le nom de banque centrale des banques centrales située au sommet de la pyramide, vient juste de publier un document dans lequel on peut lire (traduction libre) « les problèmes de dettes que les économies avancées doivent affronter sont encore pire que nous le pensions »… « Actuellement les dettes ont atteint des niveaux supérieurs à tout ce que nous avons pu observer sauf en temps de guerre. Les ratios de dettes publiques sont actuellement sur une voie explosive dans bon nombres de pays. Ces pays vont devoir mettre en place des changements politiques drastiques. Une simple stabilisation risque de ne pas être suffisante ».

Ceux qui étudient les dessous de l’histoire de la finance savent que c’est un avertissement qu’il ne faut pas prendre à la légère !

Il est essentiel de bien comprendre que nous allons vivre des événements financiers exceptionnels, car jamais dans toute l’histoire de l’humanité on a utilisé la dette de quelqu’un comme moyen de paiement c.à.d. comme moyen d’échange. Depuis le 15 août 1971, la monnaie est créée à partir de dettes publiques et privées sans le moindre lien avec l’or et reposant uniquement sur la promesse des autorités publiques de ne pas faire tourner la planche à billets. Promesse non tenue.

Comme nous subissons cette crise au quotidien depuis plusieurs années, il est certainement utile de prendre de la hauteur pour rappeler brièvement comment nous en sommes arrivés là :

– Sous le règne d’Alan Greenspan, toutes les lois limitant la capacité des banques commerciales à mener des opérations autres que les simples opérations de prêts ont progressivement été abolies. De même pour toutes les lois interdisant de spéculer sur la nourriture.

– Gonflement d’une bulle internet en 2000.

– Explosion de cette bulle et attentat en 2001.

– Introduction massive d’instruments financiers nouveaux basés sur la titrisation.

– Développement exponentiel de l’usage des produits dérivés.

– Déclenchement de l’effondrement, en 2007, par incorporation de prêts subprime avec d’autres de meilleures qualités et par titrisation du mélange entraînant une contamination mondiale par propagation de l’ensemble des produits financiers liés au marché immobilier.

– Perte de confiance dans le système bancaire.

– Intervention massive des Etats pour sauver le système bancaire.

– Transfert de la perte de confiance dans le système bancaire vers une perte de confiance dans les Etats eux-mêmes.

Nous en sommes à ce stade. L’étape prochaine que le système bancaire craint tout particulièrement est bien entendu le défaut de paiement d’un de ces Etats.

Dans un monde entièrement bâti sur les dettes, il est logique que les banques soient au cœur de la crise.

Une banque fonctionne de manière schématique en empruntant à court terme auprès d’autres institutions financières ainsi qu’auprès de ses clients (en puisant dans leurs comptes courants et comptes d’épargne) et en prêtant à plus long terme cet argent. Le risque principal vient de ce que l’on appelle la gestion actif-passif qui vise à garantir à tout moment une adéquation entre les différences de maturités qui existe pour les emprunts et les prêts. Ce que craint essentiellement une grande banque, c’est de perdre la confiance des institutions qui lui prêtent de l’argent à très court terme. Cette perte de confiance conduisant à une spirale infernale :

Dans un premier temps, quelques contreparties inquiètes refusent de renouveler les prêts très court terme. Ce refus induit un stress sur la trésorerie de la banque, ce qui renforce l’inquiétude des autres institutions prêteuses, ainsi que des retraits de dépôts. Ceci induit alors un effet négatif sur le cours de bourse de cette banque et sur son ratio capital propre/ niveau d’endettement. Cela renforce encore davantage le refus de renouveler les prêts court terme. Résultat, les agences de notation dégradent la note de crédit de la banque. Tout ceci déclenche des clauses contractuelles entre les prêteurs et la banque qui l’obligent à leur livrer brutalement des gages sous forme de titres financiers pour continuer à recevoir des prêts court terme dont sa survie dépend. Ce choc continue à affaiblir la trésorerie de la banque. On voit ainsi comment une spirale sans fin est amorcée. Finalement, les dépositaires individuels et les derniers prêteurs institutionnels court terme  réagissent alors ensemble selon le principe « celui qui panique le premier a le plus de chance de récupérer son argent ». C’est exactement comme cela que Bear Stearns et Lehman Brothers ont disparu. Toute ressemblance avec la situation actuelle de certaines banques n’est peut-être pas une coïncidence.

On entend souvent que telle banque n’est pas aussi exposée à tel pays et qu’il n’y a rien à craindre. Mais il faut savoir qu’une banque garde ses instruments financiers dans deux types de portefeuille: un portefeuille de négociation et un portefeuille d’investissement (en général nettement plus important). Les titres contenu dans un portefeuille d’investissement ne sont pas destiné à être revendu, mais à être gardé jusqu’à leur maturité et, de ce fait, il n’y a aucune obligation pour la banque d’acter une perte si la valeur de marché de ces titres chute. C’est par exemple dans ce genre de portefeuille que les banques gardent les fameux actifs toxiques ou des titres souverains que plus personne ne veut acheter et dont la valeur est calculée par des modèles mathématiques. Donc, pour préciser, même si la valeur de marché des titres contenus dans ce portefeuille d’investissement devait être réduite de moitié, cela n’aurait pas d’impact sur les fonds propres de la banque. Mais s’il y a un véritable défaut d’un Etat, la situation est toute différente car alors cela veut dire que même en gardant les titres jusqu’à leur maturité la banque ne récupérera pas le montant prêté. Ainsi, en cas de défaut, la moins value des titres doit être enregistrée dans tous les différents types de portefeuilles et la perte pour la banque devient nettement plus importante. C’est cet aspect qui est rarement mis en évidence dans les publications officielles des banques; elles peuvent déjà difficilement digérer des chutes de prix d’obligations souveraines, mais encore bien plus difficilement un défaut de paiement d’un Etat qu’elles redoutent comme la peste.

En Europe, le système bancaire d’un pays est généralement fortement exposé aux dettes bancaires et publiques des autres pays. Cette interdépendance rend le système vulnérable à un effet de contagion semblable à la chute de dominos. Ainsi la chute d’un petit domino peut entraîner en bout de chaine la chute d’un gros domino. Il faut en effet bien comprendre que les banques sont par essence des institutions qui utilisent d’importants effets de levier. Traditionnellement, pour chaque euro de fonds propres, elles empruntent de 24 à 36 euros. Il en résulte qu’avec un ratio moyen de 30, il suffit de 3,5% de pertes sur le bilan d’une banque pour annihiler ses fonds propres.

 

 

Pascal Roussel, auteur de « Divina Insidia, le Piège Divin », analyste au sein du Département des Risques Financiers de la Banque Européenne d’Investissement (BEI), le 09 mai 2011.

Les opinions exprimées sont celles de l’auteur et ne reflète pas nécessairement l’opinion de la BEI ou de son management.

Cette lettre d’information financière a initialement été éditée sur le site eurasianfinance.com

Email: pasroussel@gmail.com

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12 Commentaires

Publié par le 24 septembre 2011 dans Non classé

 

12 réponses à “Faire preuve de réalisme

  1. asse42

    24 septembre 2011 at 10 h 20 min

    Voilà la vérité livrée toute crue, on va droit vers le krach parce qu’il n’y a pas d’autre solution envisagée. C’est une crise systémique, un bras de fer entre le pouvoir bancaire et les peuples.

    Le journal quotidien du krach: http://paper.li/Asse42/1315398210

     
    • JFK executive order 11 110

      25 septembre 2011 at 9 h 33 min

      C’est une crise de civilisation où l’oligarchie veut enfoncer l’humanité dans la médiocrité en faisant appel à ses plus bas instincts matériels.
      Les temps libres ne sont pas fait pour s’abrutir mais pour s’informer surtout.

       
  2. la rumeur

    24 septembre 2011 at 10 h 45 min

    livre de pascal roussel sublissime

     
  3. clavreul

    24 septembre 2011 at 12 h 00 min

    Monsieur le Président Giscard d’ Estaing a envoyé une lettre de félicitation à monsieur Roussel pour Divina Insidia, cela prouve que Pascal Roussel a mis la fléchette dans le point rouge de la cible.

     
  4. Fred (du Japon)

    24 septembre 2011 at 12 h 52 min

    Question a Monsieur Roussel,

    Si l’oligarchie « satanique » que vous décrivez dans votre très instructif ouvrage que je recommande au passage à tous, (telechargeable pour à peine 5 Euros) est capable de faire baisser les cours de l’or et de l’argent comme cela a l’air d’être le cas actuellement, qu’est-ce qui les empêcherait de continuer cela indéfiniment?

    Dans le cas ou ils ne pourraient pas continuer indefiniment, alors, et là je m’adresse à tous, quels sites internet recommandez-vous pour l’achat d’or et d’argent et surtout, quels pièces ou lingots recommandez-vous? Je cherche sur le net depuis quelque temps et je suis déçu par le manque de politesse et de clareté des réponses qui me sont faites. (Je me dis que si les clients sont si mal traités en France, faux pas s’étonner du chômage…)

    Enfin, quelqu’un a-t-il des infos sur la situation du Japon?

    Merci d’avance pour vos reponses.

     
    • USUM

      25 septembre 2011 at 7 h 41 min

      @Fred
      Voici une société suisse irréprochable http://www.euporos.ch et je parle en connaissance de cause.
      Pour une certaine quantité, demander Mr Schneider.

       
      • Fred

        25 septembre 2011 at 7 h 58 min

        @ USUM,

        Merci pour ta reponse.
        Ca fait partie des sites que j’ai deja contacte. Ce sont les seuls a repondre poliement, mais le probleme:

        ils n’ont que des pieces d’argent a TVA de 19 pour 100, comme les maple leaf, mais pas de Hercule par exemple. Je ne sais pas ce qui est le mieux: Hercule ou maple leaf?

        Les pieces d’or, mini-lingots, je vais acheter chez eux je pense.

        Si tu as des infos sur quels pieces ou mini lingots acheter, je pense qu’on sera plusieurs interesses.

        Merci!

         
  5. Leonidas de Sparte

    24 septembre 2011 at 14 h 30 min

    Bravo Mr ROUSSEL , encore une belle analyse, et compréhensible par tous. Nous savons tous à quoi nous attendre pour le mois d’octobre et le défaut de paiement de la Gréce.

     
    • USUM

      25 septembre 2011 at 11 h 05 min

      @Fred
      Compares au spot price mais quoique tu prennes, tu ne le regretteras pas.

       
  6. debellocq

    24 septembre 2011 at 23 h 36 min

    une seule solution : que l’or dure en dur .

    que le tungstène pour les banques .

    et j’ai tout bon : en bretagne,des terres,rivière,et provisions à gogo .

    et du 22 , 100 cartouches .

     
  7. NOVA

    25 septembre 2011 at 19 h 45 min

    Un autre site serieux pour achat or et argent amsterdamgold.com mises a jur toutes les minutes (cours reel) proposent meme un chauffeur pour acheminer votre or!!