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Si la Grèce veut sortir de l’Euro, elle peut demander conseil à Mr Gono, gouverneur de la banque centrale du Zimbabwe

10 Mai

Des articles sont parus dans la presse populaire sur une possible sortie de la Grèce de la zone Euro. Ces rumeurs seraient à l’origine de la baisse de l’Euro. Imaginons une seconde un tel scénario pour montrer à quel point il serait suicidaire pour la Grèce. Supposons donc que le parlement grec vote une loi stipulant que la Drachme est la nouvelle monnaie légale. Le gouvernement grec va donc émettre des obligations en Drachme que la banque centrale grecque va acheter afin de pouvoir créer des Drachmes à partir de rien comme toute banque centrale qui se respecte. L’Etat grec annonce ensuite que ses fonctionnaires seront payés en Drachme et invite tous les citoyens grecs à échanger leurs Euros contre des Drachmes (l’Euro n’étant plus une monnaie admise pour des transactions commerciales en Grèce).

Dans ce scénario, les banques commerciales peuvent échanger des Euros contre des Drachmes auprès de la banque centrale grecque et les citoyens grecs peuvent échanger leurs Euros contre des Drachmes.  Se pose immédiatement une première question : quel serait le taux de change ? Imaginons que le gouvernement grec propose un taux qui lui soit favorable et qui reste simple 1 EUR= 1 Drachme et décide dans un premier temps que la Drachme ne sera pas disponible sur les marchés internationaux des devises pour éviter que le couperet (=le véritable taux de change) ne tombe trop vite. Mais cela ne peut pas durer bien longtemps car l’Etat grec a des dettes en Euros et il va avoir besoin d’Euros pour payer ses créditeurs. Pour éviter ce problème, l’Etat grec peut décider de ne pas rembourser ses créditeurs. Pas de chance pour les détenteurs d’obligations grecques libellées en Euros, ils n’auront rien ! Ainsi l’Etat grec n’a plus que des dettes fraîches, en Drachme. Dans un premier temps il est désendetté. Mais que se passe t-il pour les pensions qui devaient être payées en Euros ? Là aussi le gouvernement décide qu’elles seront payées en Drachme avec un taux de 1 EUR = 1 Drachme. Et ainsi de suite pour toutes les autres obligations administratives de l’Etat. Mais comment vont faire les banques grecques qui se financent sur les marchés et auprès de la BCE ? Actuellement ce n’est déjà pas simple mais alors avec la Grèce en dehors de la zone Euro ? Elles peuvent proposer aux investisseurs d’acheter des Drachmes nouvelles et de payer en Euro. Dans ce contexte, quel investisseur va être tenté par ces Drachmes et surtout à quel taux ? Pas besoin d’approfondir mais on peut raisonnablement craindre que ce taux sera très très loin de 1 EUR =  1 Drachme. La banque centrale grecque va pouvoir faire tourner la planche à billet à plein régime et l’Etat grec va devoir émettre beaucoup d’obligations pour créer massivement ces Drachmes. Or justement l’Etat grec ne voudra pas retomber dans le surendettement. Il est donc très probable que certaines banques grecques (si pas toutes) devront faire faillite car incapables de rembourser en Euros ni d’emprunter sur les marchés internationaux en payant en Drachme.

Mais alors les produits importés ? Par exemple, combien de Drachmes pour un litre d’essence à la pompe ?

Et le citoyen grec, dans ce contexte de fin du monde, va-t-il se précipiter pour échanger ses Euros contre des nouvelles Drachmes ? La célèbre et très exacte loi de Gresham est formelle : il va garder ses Euros et s’empresser de se débarrasser de ses Drachmes. Or quand une monnaie n’a plus la confiance de ses utilisateurs cela s’appelle l’hyperinflation. La Grèce deviendra un nouveau Zimbabwe et au marché noir, la seule monnaie qui sera acceptée sera …l’Euro !

L’analyse est un peu caricaturale mais assez réaliste. Ce qui fait vraiment peur au marché ce n’est pas un éventuel « coup de gueule » d’un dirigeant grec dans une réunion privée, qui sous l’émotion aurait soi-disant déclaré que la Grèce va sortir de l’Euro, ceci uniquement afin d’obtenir une nouvelle aide financière aux mêmes taux « avantageux » que ceux proposés au Portugal. La vraie crainte du marché c’est une restructuration de la dette grecque qui pourrait avoir un effet de boule de neige et entraîner, par ricochet, de lourdes pertes auprès de bon nombres d’institutions financières …

Pascal Roussel, auteur de « Divina Insidia, le Piège Divin », analyste au sein du Département des Risques Financiers de la Banque Européenne d’Investissement (BEI), le 09 mai 2011.

Les opinions exprimées sont celles de l’auteur et ne reflète pas nécessairement l’opinion de la BEI ou de son management.

 Cette lettre d’information financière a initialement été éditée sur le site eurasianfinance.com

Email: pasroussel@gmail.com

 
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Publié par le 10 mai 2011 dans Non classé

 

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