Par Menthalo -
La photo de la foudre sur la basilique St Pierre est réelle, mais elle n’a pas été prise au moment où le Pape a annoncé sa démission. C’est ce genre d’amalgame fallacieux, pour faire croire à la colère de Dieu, que je dénonce.
Nous avons vu qu’une enquête était en cours sur les relations de la Banque du Vatican (IOR) avec la Banca Monte dei Paschi de Sienne (BMPS) dans le rachat d’Antonvenetta à la Banque Santander, par l’intermédiaire de la Banque Rothschild. Notez que selon les médias, les chiffres du rachat varient fortement. Rothschild avait proposé Antonvenetta à Monte Paschi, Unicredit, UBI Banca, BNP et Crédit Agricole. BNP avait fait une offre de 7 milliards, plus 1 milliard conditionné par les résultats 2008 d’Antonvenetta. Le Président de Sandander, Emilio Bottin, avait mis la pression sur son homologue de BMPS, en lui disant que s’il voulait vérifier les comptes d’Antonvenetta avant d’acheter, cela équivalait à laisser BNP acheter. Monte Paschi avait donc non seulement acheté les yeux fermés, mais en faisant une surenchère à 9 milliards d’euros la banque valorisée 6,6 Milliards un an auparavant. Les 2,4 Milliards de différence laissent à penser à la brigade financière italienne que d’importants pots de vin ont été distribués.
L’enquête diligentée par la brigade financière a mis à jour un accord secret entre Monte Paschi et la Bank of New York, qui aurait permis de tromper les autorités financières de la BoI sur les fonds propres de la banque. Dans cette affaire obscure, la Banque de NY agissant comme intermédiaire a créé un instrument financier hybride, FRESH 2008, entre obligation et emprunt. La banque JP Morgan a revendu ces "obligations" FRESH à divers investisseurs. Les amateurs de San Antonio ou d’Audiard savent qu’en argot de la pègre, l’argent se dit la "fraiche". Les tontons flingueurs et les banksters new-yorkais parlent donc un langage commun. (plus de détails sur Reuters)
Jeudi, le directeur de Monte Paschi, en charge des produits dérivés a été mis sous les verrous. M Baldassarri, pour le quotidien "La Republica" était le chef de la bande des 5%, comprenant entre autres son adjoint et quelques traders, qui s’octroyaient une commission de 5% sur toutes les opérations de la Banque. Mafieux à tous les étages !
L’affaire Monte Paschi semble une énorme poupée russe. Quand vous démontez un scandale, vous en trouvez un autre en dessous, puis un troisième et ainsi de suite.

La Bulle des Tulipes
BMPS est réputée être la plus ancienne banque du Monde. Fondée par décret en 1472, c’est d’abord un mont de piété pratiquant le prêt sur gage pour les éleveurs des prés salés de Maremme, une région très marécageuse de Toscane. Elargissant son activité, la banque va se spécialiser dans le crédit à tout ce qui touche à l’agriculture, un secteur économique dominant dans l’Europe du XVIe et XVIIe siècle. La terre appartient alors à l’aristocratie et la Banque est au cœur de toutes les négociations, tant sur les ventes de terre que sur le marché des céréales. La Monte Paschi a des succursales ou des correspondants dans les principales places financières européennes de l’époque et notamment Séville, Anvers, Amsterdam et Londres. Dés 1550, l’Argent des Amériques a inondé l’Europe et créé "l"inflation des bénéfices" (cf mon livre "Histoire de l’Argent"). La forte hausse des cours agricoles, alors que les salaires ne suivaient pas, vont apporter aux propriétaires terriens d’énormes surplus de trésorerie et une opulence inhabituelle au début du XVIIe.
C’est l’époque où une vogue des fleurs d’ornements se développe, qui va dans les années 1630 devenir une folie, notamment sur la tulipe, générant une des plus grosses bulles de l’histoire. Par le biais de catalogues, la passion se répand à travers l’Europe. On peut acheter au comptant lorsque les bulbes sont déplantés, entre juin et septembre, mais tout le reste de l’année on achète à terme par le biais d’accords de gré à gré. Les ventes à terme se développant et le prix des bulbes s’envolant, les achats se feront à la banque devant notaire, les acheteurs nantissant des biens pour garantir les crédits. La Monte Paschi s’est retrouvée en pointe dans ces marchés à terme. En 1634, la demande française surnuméraire déséquilibre le marché et amène les purs spéculateurs. Des embryons de bourse se mettent en place, où chacun peut acheter et revendre des contrats à terme. Les prix des bulbes de tulipe vont atteindre des sommets totalement absurdes.
Le 24 février 1637, la guilde des horticulteurs des Pays Bas prend une décision qui doit être ratifiée par le Parlement: les acheteurs à terme peuvent ne pas acheter les bulbes à échéance, et seulement régler un dédit d’environ 3% du contrat. Les "options" sont nées mais la bulle éclate et le prix des oignons de tulipe s’effondre. Les contrats à terme ne valent pas leur poids en papier. Beaucoup de spéculateurs vont y perdre leur fortune, leurs maisons ou leurs terres données en garantie à la Banca dei Monte Paschi. J’ai lu des chiffres sur le nombre impressionnant de familles mises à la rue, que je ne rapporte pas ici, n’ayant pas réussi à les croiser dans des documents anciens, mais cela m’a rappelé l’époque actuelle et les crédits hypothécaires américains. Quand l’emprunteur ne paye plus le loyer de son hypothèque, la banque saisit la maison, cherche en vain à la revendre dans un marché déprimé… très vite, la maison se détériore et ne vaut plus rien. Il en sera de même des propriétés agricoles saisies par la BMPS. Sans propriétaire, qui gère le domaine, les terres retombent en friche. Le phénomène est tellement vaste, que l’on va avoir des disettes partout en Europe.
La Bulle du Pape

Le Vatican va fustiger les contrats de la Monte Paschi en les dénonçant comme des "objets du Diable".
A vrai dire, ce n’est que par jeu (de mots) que j’écris que le document du Pape, traitant de ces contrats à terme, était une "Bulle". Je n’en sais rien et si la "Bulle papale" ci-dessus est bien de septembre 1637, je n’ai pas connaissance de son contenu. Ce n’est pas très important sauf pour mon juriste préféré de la Cité des Papes, qui se reconnaitra.

Les actionnaires de la Monte Paschi se sont immensément enrichis avec la bulle des tulipes. La Banque a conservé les mêmes statuts depuis 1472 et certains affirment que les actionnaires seraient les descendants des banksters d’alors, mais la banque serait assez opaque. 39% de la banque appartiennent à une fondation et accrochez vous, étant donné les statuts de 1472, cette fondation est réputée être caritative et donc Mario Monti, conseiller international de Goldman Sachs depuis 2005, directeur de la Trilatérale pour l’Europe, actuellement au gouvernement l’a exemptée d’impôts par décret ministériel le 29 mai 2012.
La Fondation Monte dei Paschi, principal actionnaire de la banque, a souscrit environ la moitié de l’émission de FRESH 2009, soit 490 millions d’euros, en s’endettant fortement pour cela. Ses comptes 2011 montrent qu’elle a inscrit une perte de 376 millions d’euros liée à FRESH. Tiens donc ! … et c’est à la suite de ces pertes, que Monti exempte la Fondation d’impôts.
Les membres du Conseil d’administration sont désignés selon un processus immuable. On retrouverait telle proportion des loges maçonniques de Sienne, de fonctionnaires de la mairie et de membres des partis dominants + un représentant de la Banque du Vatican et un autre de la Curie.
Si vous avez le sens de l’observation, cher lecteur, vous aurez remarqué que j’ai inversé les positions de Peppone et Don Camillo sur cette photo. Vous allez enfin comprendre pourquoi le titre de cet article à tiroir s’est immédiatement imposé à moi, en faisant mes recherches sur la Banque Monte Paschi de Sienne.
Dans la ville de Sienne, le pouvoir politique est traditionnellement de gauche et les Banksters de la Monte Paschi ont eu une très forte influence sur le Parti Communiste Italien, dont Peppone était un membre éminent comme le savent tous les fans vieillissants de la série des "Don Camillo". Dans la sphère d’influence immédiate de la Monte Paschi de Sienne, on trouve Giulano Amato. Elevé en Toscane, cet homme politique de la gauche italienne a été formé aux Etats-Unis. Il a été un des rédacteurs principaux du Traité de Lisbonne, qui, entre autre et pour mémoire oblige les états à emprunter aux banques privées en leur interdisant de recourir à leurs banques nationales respectives. A l’époque où Peppone-Amato était premier ministre, il a travaillé main dans la main avec Mario Draghi à la privatisation des Banques et des entreprises industrielles italiennes, jusque là propriété de l’Etat. C’est ce qui a été appelé le "complot du Brittania". Le 2 juin 1992, Draghi, alors président du comité de privatisation, invita sur le Yacht de la Reine d’Angleterre, le Brittania, alors ancré au large de civitavecchia, les plus grandes banques d’affaires (Goldman Sachs, Baring Warburg, Barclays, Merrill Lynch, Salomon Brothers, … ) pour leur proposer de participer à sa grande braderie des conglomérats industriels italiens, où l’on retrouve en vrac : les pétroles et raffineries, la chimie, les chemins de fers, les autoroutes, l’industrie lourde, etc… Si la banque Monte Paschi n’est pas citée, soyez sûre qu’elle était aux premières loges. Draghi sera remercié de ses éminents services en étant nommé vice-président pour l’Europe de Goldman Sachs. C’est à ce poste, qu’il participera au maquillage des comptes grecs, pour mieux dissimuler un temps les dettes souveraines … et permettre par la suite aux financiers de dépecer l’héritage grec.
En 2008, il fut brièvement question d’offrir le poste de Premier Ministre italien à Draghi, l’ex président de la République italienne, Francisco Cossiga, s’y était violemment opposé en s’exclamant: « Impossible d’imaginer Draghi au palais Chigi. Ce vil affairiste braderait l’économie italienne à ses amis banquiers comme il l’a fait quand il était au Trésor.»
Sujet inépuisable…
Lundi dernier, j’ai déjeuné à côté d’éminents gérants de fonds parisiens. Quelle n’a pas été ma surprise de découvrir que ces financiers ne savaient pas ce qu’était le "Shadow Banking" ! Ils n’en avaient jamais entendu parler. La Finance de l’ombre, en anglais Shadow Banking System ou SBS. Pour Timothy Geithner, ex-Président de la Fed de New York et Secrétaire au Trésor américain de novembre 2009 à janvier 2013, le poids financier de la SBS est supérieur à celui de la finance traditionnelle. En 2007, le Financial Stability Board estimait que pour les Etats-Unis seuls, il pesait 25 Trillions de $. En novembre 2012, Bloomberg a évalué l’ensemble du SBS à 67 Trillions de Dollars. Cette finance de l’ombre, c’est une série d’acteurs financiers peu ou pas réglementés, les hedge funds, banques d’affaires, la spéculation sur les matières premières, les sociétés de clearings, tous les contrats de gré à gré ou OTC… mais aussi tous les swaps d’assurance ou de ré-assurance entre établissements financiers. L’ambitieuse loi Dodd-Franck, dont je raconte les péripéties rocambolesques depuis deux ans, a pour ambition d’essayer de mettre un peu de lumière dans le côté obscur de la Finance de l’ombre.
Il est clair que les banquiers au pouvoir aujourd’hui, que ce soit la Fed de NY, Goldman Sachs, JPM ou tous les autres Gobelins de Gringotts, qui restent dans l’ombre de l’ombre, et qui n’aiment pas qu’on les nomme, font tout ce qu’ils peuvent pour retarder la mise en application de cette loi. Un certain désordre organisé, quand ils le maîtrisent, sert parfaitement leurs intérêts.
La morale de l’histoire qui nous a éloignés du Vatican et de la démission de Benoît XVI, épuisé par 3 dialyses hebdomadaires, c’est que les Banquiers, quelle que soit l’époque, ne cherche que le pouvoir immédiat et toujours plus de richesses pour eux. La richesse n’est jamais que relative. Ils sont d’autant plus riches que les autres sont pauvres. Les papiers notariés des contrats de tulipe du XVIIe réduits à néant sont les pendants des subprimes d’aujourd’hui, mais également de la monnaie fiduciaire de vos comptes bancaires. Le principe même de la monnaie fiduciaire, c’est qu’elle est garantie par la capacité de l’Etat à lever des impôts. Les banquiers, à qui les Etats ont délégué leur droit de battre monnaie, sont pris la main dans le sac, mois après mois, année après année, à pousser les Etats à la faillite par les délocalisations, la vente des actifs nationaux et la dette. Ces banquiers détruisent sciemment la richesse des nations. En détruisant la capacité industrielle, en créant le chômage et la pauvreté, ils affaiblissent les rentrées fiscales futures et donc la valeur même des monnaies. Au final, ils règneront au sommet d’une très large pyramide à 3 étages. La plèbe miséreuse et corvéable à merci occupera le rez-de-chaussée, les kapos des loges maçonniques, ces idiots utiles qui font tourner le système, heureux de ronger un os jeté par leurs maîtres, occuperont le premier. Au sommet très étroit, les magnats de la ploutocratie se partageront ou se disputeront le pouvoir.
Il y a seulement quinze ans, je n’aurai pas compris que des banquiers puissent vouloir une telle société, qui ressemble au hideux communisme vécu par les russes, les chinois, ou même les coréens du nord. Je les créditais d’une certaine sagesse, mais je me trompais. Ils nous dirigent fermement vers ce monde-là et désormais, ils le font au pas de charge.